Cœur d’agglomération

Poitiers[86]

Libérer les usages et appropriations de la ville

Le projet « cœur d’agglomération» développé par la Ville de Poitiers oeuvre à ancrer son image de capitale régionale, en renforçant sa centralité et l’attractivité de son cœur de ville  le «plateau».

La réflexion est à la fois prospective (plan de référence sur les 250 ha du plateau) et opérationnelle avec  le réaménagement de 3,5 ha d’espaces publics autour d’un axe de prestige Préfecture-Hôtel de Ville. La requalification de cet hyper-centre a transformé ces espaces originellement servants (parkings, encombrement des espaces) en un creuset d’une vie urbaine intense _ ni un décor muséifié, ni un quartier gentrifié_ et en proposant une nouvelle attractivité résonnant à toutes les échelles.

Le design, sobre, épuré et très unitaire, se fait discret au profit d’une mise en scène urbaine et architecturale et d’une extrême polyvalence des espaces.

Au cœur du système, le « vide » urbain de près de 10 000 m2 de la Place Leclerc est aujourd’hui parfaitement assumé et investi, comme grand yard populaire ;  dégagée de toute émergence, elle est devenue le lieu de tous les rassemblements évènementiels, spontanés ou « officiels » de la ville.

 

Etat initial

Dans une période très favorable de dynamisme de son territoire, Poitiers cherche à ancrer son image de capitale régionale Cœur historique d’une ville moyenne de 90 000 habitants au cœur d’une aire d’influence de  près de 200 000 personnes, le projet « cœur d’agglo » vise à renforcer la centralité à la fois symbolique et bien vivante de son cœur de ville, le Plateau, et d’en renforcer l’attractivité.

 

 

Elle est devenue au fil des dernières décennies la victime de conflits d’usages automobiles / piétons, d’encombrement des espaces publics, d’hétérogénéité des sols, d’absence totale de végétal.

Les espaces publics concernés par l’aménagement s’articulent autour de 2 axes :

  • Un axe de composition du 19ème siècle Est / Ouest reliant l’Hôtel de Ville et la Préfecture, sur la ligne de crête du plateau
  • Une maille de rues médiévales et de placettes attenantes.

  • d’une « piétonnade » de près de 1500 m, reliant du Nord au Sud les deux grands parcs de la ville et articulant l’ensemble des grands parcours urbains,
  • d’un nouveau plan de circulation structuré par les boulevards périphériques et des boucles de desserte des parkings publics, libérant l’arête centrale « piétonnade » des flux automobiles,
  • d’un service optimisé de transports en commun structuré par 3 lignes à haut niveau de service.

Aménagements

Libérés de la voiture et sur un mode très unitaire et épuré, les aménagements déclinent sur les 3 hectares  une palette volontairement simplifiée et des principes radicaux :

  • un matériau unique, le calcaire de Comblanchien, décliné en 3 modules seulement (dalles 15x70cm, dallettes 15x15cm et pavés 8x8cm en tresse), en mobilier d’assise et en emmarchements
  • une accessibilité totale des espaces par la suppression radicale de toute vue de bordure
  • des grands plans parfaitement nivelés
  • un mobilier d’éclairage piéton dessiné pour le projet
  • une libération maximale de l’espace public d’équipements et émergences

La place de l’Hôtel de Ville  (Place Leclerc), pivot du système urbain de près de 10 000 m2 se décompose en trois entités :

Un grand parquet de dalles est déroulé depuis la façade de l’hôtel de ville et légèrement incurvé afin de magnifier son socle et d’assurer son accessibilité. Finement rythmé par des lignes de caniveau  nickelées et des joints parfaitement alignés, ce grand tapis exclut toute émergence dans un geste radical de désencombrement de l’espace public.

La périphérie intègre les dessertes fonctionnelles et est animée par les nombreuses terrasses de café, unifiées dans le cadre d’une charte de mobilier.

Entre ces deux systèmes, un cadre épais de salons de banquettes calcaire, à l’ombre de deux  mails de sophora, assure la transition entre ces deux systèmes dans une certaine intimité.

Contre-point de cette structure forte, une fontaine calcaire s’installe sur une surépaisseur de la place sous 3 micocouliers, dessinant une « placette dans la place », 1er micro-lieu d’une série de « placettes à l’italienne »  déclinées sur les espaces publics périphériques à la place.

Le calme et la sobriété des aménagements en dalles calcaire de la place Leclerc sont déclinés sur l’ensemble de l’axe historique et notamment son point d’orgue Est, la place Aristide Briand, révélant une structuration urbaine classique des façades inédite dans Poitiers.

Sur les rues médiévales Nord Sud, ils révèlent des placettes ( Square de la République, place Carnot) sur un mode de calcaire en tresse.

Des plantations d’arbre tiges, à feuillage clair ( Sophora, Gleditsia) ou d’inspiration méridionale pour les placettes ( micocouliers ) structurent et climatisent les espaces urbains.

Prolongeant l’axe historique au-delà de l’hôtel de ville et témoignant de la richesse végétale des cœurs d’îlot, les jardins de Puygareau,  s’ouvrent généreusement sur l’espace urbain.

Les aménagements s’effacent au profit d’une mise en scène architecturale et urbaine et d’une extrême polyvalence des espaces.

Vie en œuvre / valeur d’usages

La place Leclerc, au cœur du système urbain, est bien intégrée dans l’imaginaire collectif comme espace de liberté et d’appropriation privilégié de la ville. Dégagée de toute émergence, la place est devenue le lieu de tous les rassemblements évènementiels, spontanés ou « officiels » de la ville.

Cette appropriation rapide a été favorisée par une concertation / communication soutenue en amont et tout au long du projet (quelques 65 réunions publiques !) et sa gouvernance cohérente autour d’une maîtrise d’ouvrage bien structurée.

Ce « vide » urbain de près de 10 000 m2,  au départ redouté par beaucoup car très  loin du suréquipement et de la surenchère de design de certains espaces publics contemporains, est aujourd’hui parfaitement assumé et investi.

 

Les aménagements de Cœur d’agglo achèvent un cycle urbain assez soutenu de requalification des places de la ville, entamé il y a une quinzaine d’années.

La charte des espaces publics de la Poitiers, établie parallèlement au projet d’aménagement du Cœur d’agglo, propose de poursuivre cette qualité d’espaces et d’usages en démultipliant les « micro-lieux » sur les multiples recoins et  surlargeurs des rues et ruelles, à la manière de placettes italiennes, qui moyennant un sol uniforme, un bel arbre et quelques bancs offrent des contre-points aux parcours urbains du quotidien et contribuent à l’ambiance d’une ville à vivre.

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Lieu : Poitiers (86)

Maîtrise d’ouvrage : Ville de Poitiers

Maîtrise d’oeuvre : Ilex[paysage urbanisme], Ateliers Lion architectes (mandataire), A2i VRD, Terao environnement, MA Design Eclairage, Citec

Dates : 2008-2013

Surface : 3,3 ha

Missions : plan de référence / charte urbaine / maîtrise d’oeuvre complète des espaces publics

Montant des travaux: 15 M€ /HT